J'avais ri aux larmes en voyant cette scène, mais pas d'un rire pur ; d'un rire transpercé par le fond, irrépressible, exagéré, nerveux.
Et lorsqu'on m'a demandé ce que je lui trouvais de comique - car elle est surtout terrible : pathétique, même froidement violente, mais cet avis n'engage que moi comme tout ce que je vais gribouiller là- je n'ai pas su répondre.
Il faudrait pouvoir ordonner les moments d'une émotion composite, linéariser le ressenti, pour expliquer ce rire.
Dire comment le noyau d'effroi dont me glacent les regards de ces femmes, se pare du soulagement de n'être pas moi-même la démolie, la ridicule.
Parler d'une irrationnelle envie de se soustraire à des regards qui ne me fixent même pas, à cette ambiance pesante, et du besoin de voir jusqu'au bout ce qu'il va advenir de l'homme qui se délite.
Y retrouver son propre balbutiement des jours où, en plein exposé, en pleine entrevue, on s'aperçoit soudain qu'on ne dit pas ce que l'on dit, que c'est du vent, que si ça ne compte pas et que tout le monde le sait bien il faut pourtant continuer. Assister à soi. Au dérangement de la fable qu'on s'est montée. A l'absurdité d'exister, et de s'appeler Untel, aux étranges mise en scènes que cela suppose.
C'est aussi drôle et cauchemardesque que de sortir affublé de vêtements qui ne nous vont pas, puis de croiser un miroir, ou d'entrer dans une salle bondée dont l'attention se rive sur nous.
Il y a ce décrochement brutal entre le coeur et la délirante structure où l'on croyait pouvoir le faire tenir. Et les gauches tentatives pour annuler ce décrochement,
elles ressemblent à de la connerie
je sais que c'est de la survie
ce décalage je ne le soutiens pas, ne le supporte pas, quelque chose craque en moi qui s'achève en muraille de rire.


